Procédés et figures de style
Français · Première · cours écrit et vérifié, conforme au programme officiel (Éduscol).
L'essentiel
- Comparaison : rapprochement de deux termes à l'aide d'un outil de comparaison (comme, tel que, semblable à, pareil à, ressembler à).
- Métaphore : rapprochement de deux termes sans outil de comparaison, par identification directe.
- Métonymie : désignation d'une réalité par un terme lié à elle par un lien logique (partie/tout, contenant/contenu, auteur/œuvre, cause/effet).
Les figures d'analogie et de substitution
Ces figures reposent sur un rapprochement entre deux réalités : soit parce qu'elles se ressemblent (analogie), soit parce qu'un terme est remplacé par un autre qui lui est logiquement lié (substitution). Elles servent à créer des images, à éviter une répétition ou à suggérer un jugement implicite. On y range la comparaison, la métaphore, la métonymie, la périphrase et la personnification.
Méthode
Vérifier la présence d'un outil de comparaison explicite (comme, tel que, semblable à, pareil à, ressembler à) : s'il est présent, il s'agit d'une comparaison.
Si deux termes sont identifiés l'un à l'autre sans outil de comparaison (« X est un Y », apposition, sens figuré direct), il s'agit d'une métaphore.
Vérifier si un mot désigne une réalité par un lien logique réel (la partie pour le tout, le contenant pour le contenu, l'auteur pour l'œuvre, la cause pour l'effet) : c'est une métonymie.
Vérifier si une expression développée remplace un mot simple sans lien de ressemblance ni de logique de partie/tout : c'est une périphrase.
Vérifier si des traits, sentiments ou comportements humains sont attribués à un être non humain (chose, animal, abstraction) : c'est une personnification.
Toujours conclure par l'interprétation de l'effet produit : quelle image le procédé crée-t-il, quel sens ou quel jugement suggère-t-il ?
Exemple
Analyse les figures de style présentes dans la phrase suivante : « La ville se réveillait comme un animal engourdi, tandis que Paris, plume de la littérature française, restait silencieuse sous la pluie. »
Corrigé pas à pas
Deux figures d'analogie sont présentes. D'abord, « la ville se réveillait comme un animal engourdi » : l'outil de comparaison « comme » relie le comparé (la ville) et le comparant (un animal engourdi) ; il s'agit donc d'une comparaison, qui donne à la ville une allure vivante et encore endormie. Ensuite, « Paris, plume de la littérature française » est une périphrase : au lieu de désigner directement les grands écrivains ou l'activité littéraire de la capitale, l'auteur utilise une expression développée et imagée (« plume de la littérature française ») pour souligner le prestige culturel de la ville.
Erreurs fréquentes
Confondre comparaison et métaphore : oublier de vérifier si un outil de comparaison est réellement présent dans le texte.
Confondre métaphore et métonymie : la métaphore repose sur une ressemblance imaginée, alors que la métonymie repose sur un lien logique réel (contenant/contenu, partie/tout, auteur/œuvre).
Se contenter de nommer la figure sans expliquer l'effet de sens ou l'image qu'elle produit.
Les figures d'opposition et d'insistance
Ces figures rapprochent des termes ou des idées contraires (opposition) ou répètent, multiplient et ordonnent des éléments (insistance) afin de souligner un contraste, de renforcer une idée ou d'intensifier une émotion. On y range l'antithèse, l'oxymore, l'anaphore, la gradation et l'accumulation.
Méthode
Vérifier si deux idées ou termes contraires sont juxtaposés dans la même phrase ou le même vers, mais dans des groupes syntaxiques distincts : c'est une antithèse.
Vérifier si deux termes contradictoires sont associés au sein d'un même groupe syntaxique (nom + adjectif, adverbe + adjectif) : c'est un oxymore.
Vérifier si un même mot ou groupe de mots est répété en tête de plusieurs phrases, vers ou propositions : c'est une anaphore.
Vérifier si une liste de termes de même nature est ordonnée selon une intensité croissante ou décroissante : c'est une gradation.
Vérifier si une liste de termes de même nature est simplement juxtaposée, sans progression d'intensité : c'est une accumulation.
Interpréter l'effet produit : mise en valeur d'un contraste, intensité de l'émotion, effet de rythme ou d'insistance.
Exemple
Analyse les figures de style présentes dans cet extrait inspiré de la tradition théâtrale classique : « Je vis, je meurs ; je me consume et me brûle ; j'aime et je hais, j'espère et je désespère. »
Corrigé pas à pas
Cette phrase multiplie les couples de termes contraires (vivre/mourir, aimer/haïr, espérer/désespérer), placés dans des groupes verbaux distincts et coordonnés : il s'agit d'une accumulation d'antithèses, qui souligne le déchirement intérieur du locuteur, tiraillé entre des sentiments opposés. L'effet produit est celui d'un trouble émotionnel intense, presque contradictoire, typique de l'expression de la passion.
Erreurs fréquentes
Confondre antithèse et oxymore : l'antithèse oppose deux groupes syntaxiques distincts, tandis que l'oxymore associe deux termes contradictoires dans un même groupe.
Confondre gradation et accumulation : la gradation suppose un ordre d'intensité croissante ou décroissante, l'accumulation est une simple énumération sans hiérarchie.
Réduire l'anaphore à une répétition mécanique sans en analyser l'effet de rythme ou d'insistance.
Les figures d'atténuation et d'amplification
Ces figures modifient l'intensité d'un propos : elles l'exagèrent pour le rendre plus frappant (amplification, avec l'hyperbole) ou, au contraire, elles le minimisent afin de suggérer plus qu'elles ne disent, ou d'adoucir une réalité pénible (atténuation, avec la litote et l'euphémisme).
Méthode
Vérifier si le propos exagère volontairement une réalité pour la rendre plus frappante ou plus expressive : c'est une hyperbole.
Vérifier si l'énoncé nie le contraire de ce que l'on veut exprimer, dans l'intention de renforcer le sens en le formulant de façon atténuée : c'est une litote.
Vérifier si l'énoncé adoucit une réalité désagréable, choquante ou douloureuse en évitant de la nommer directement : c'est un euphémisme.
Interpréter l'effet recherché : insister avec force (hyperbole), suggérer avec pudeur ou intensité contenue (litote), ou ménager la sensibilité du destinataire (euphémisme).
Exemple
Analyse la figure de style employée par Chimène lorsqu'elle dit à Rodrigue, dans Le Cid de Corneille : « Va, je ne te hais point. »
Corrigé pas à pas
Chimène nie le contraire de ce qu'elle ressent réellement : au lieu de dire directement « je t'aime », elle formule une négation atténuée (« je ne te hais point »). Il s'agit d'une litote : en disant moins, elle suggère un sentiment plus fort qu'elle ne peut avouer ouvertement dans la situation tragique où elle se trouve, tout en laissant transparaître la profondeur de son amour.
Erreurs fréquentes
Confondre litote et euphémisme : la litote dit moins pour suggérer plus fortement une idée, tandis que l'euphémisme adoucit une réalité sans nécessairement renforcer le sens.
Prendre une hyperbole au sens littéral et ne pas repérer l'exagération volontaire.
Oublier que la litote se construit souvent par une négation portant sur le contraire de l'idée réelle.
Savoir-faire
Identifier et analyser une figure de style dans un texte
- Repérer un écart par rapport à l'usage neutre de la langue : un mot inattendu, une répétition marquée, une exagération, une association surprenante de termes.
- Nommer précisément la figure repérée en s'appuyant sur sa définition exacte.
- Citer le passage précis du texte qui illustre la figure, entre guillemets.
- Expliquer l'effet produit sur le sens, l'image ou l'émotion, en le reliant au projet d'ensemble du texte (poétique, argumentatif, dramatique).
Exemple
Analyse la figure de style dans la phrase : « Le temps, ce voleur silencieux, emporte nos plus beaux souvenirs. »
Corrigé pas à pas
L'écart repéré est l'attribution d'un comportement humain (« voleur ») à une notion abstraite (« le temps »). Le temps est identifié directement à un voleur, sans outil de comparaison : il s'agit donc d'une métaphore, doublée d'une personnification puisque le temps agit comme une personne qui « emporte » quelque chose en silence. L'effet produit est de rendre sensible et inquiétante l'idée abstraite du temps qui passe, en la transformant en une figure menaçante et furtive.
Distinguer comparaison et métaphore
- Chercher un outil de comparaison explicite dans la phrase (comme, tel que, semblable à, pareil à, ressembler à, on dirait).
- S'il est présent, il s'agit d'une comparaison : identifier le comparé (l'élément décrit) et le comparant (l'élément auquel on le compare).
- S'il est absent et que les deux éléments sont directement identifiés l'un à l'autre (attribut du sujet, apposition, ou emploi au sens figuré), il s'agit d'une métaphore.
- Vérifier si la métaphore se prolonge sur plusieurs phrases ou plusieurs vers autour d'une même image : on parle alors de métaphore filée.
Exemple
Compare les deux phrases suivantes et distingue la figure employée : (1) « Ses paroles étaient douces comme du miel. » (2) « Ses paroles étaient du miel pour mes oreilles blessées. »
Corrigé pas à pas
Dans la phrase (1), l'outil de comparaison « comme » relie le comparé (« ses paroles ») et le comparant (« du miel ») : il s'agit d'une comparaison. Dans la phrase (2), aucun outil de comparaison n'apparaît : les paroles sont directement identifiées au miel par l'emploi de l'attribut « étaient du miel » : il s'agit d'une métaphore, qui crée une image plus immédiate et plus intense de la douceur ressentie.
Repérer et interpréter une gradation
- Relever dans le texte une liste d'au moins trois termes de même nature grammaticale (verbes, adjectifs, noms).
- Vérifier si ces termes sont ordonnés selon une intensité croissante ou décroissante.
- Si un ordre d'intensité existe, il s'agit d'une gradation ; si les termes sont simplement juxtaposés sans progression, il s'agit d'une accumulation.
- Interpréter l'effet : la gradation crée souvent une montée dramatique ou une insistance progressive, tandis que l'accumulation donne une impression de foisonnement ou d'abondance.
Exemple
Analyse la figure de style dans la phrase : « Il hésita, puis douta, puis trembla, puis s'effondra. »
Corrigé pas à pas
Les quatre verbes (« hésita », « douta », « trembla », « s'effondra ») sont ordonnés selon une intensité croissante de la détresse du personnage : il s'agit d'une gradation ascendante. Elle crée un effet de montée dramatique, faisant ressentir au lecteur l'aggravation progressive de l'état émotionnel du personnage jusqu'à son effondrement final.
Mémento
Figures d'analogie et de substitution
- Comparaison : rapprochement de deux termes à l'aide d'un outil de comparaison (comme, tel que, semblable à, pareil à, ressembler à).
- Métaphore : rapprochement de deux termes sans outil de comparaison, par identification directe.
- Métonymie : désignation d'une réalité par un terme lié à elle par un lien logique (partie/tout, contenant/contenu, auteur/œuvre, cause/effet).
- Périphrase : remplacement d'un mot simple par une expression développée qui le désigne.
- Personnification : attribution de traits, sentiments ou comportements humains à un être non humain.
Figures d'opposition, d'insistance, d'amplification et d'atténuation
- Antithèse : opposition de deux idées ou termes contraires, situés dans des groupes syntaxiques distincts.
- Oxymore : association de deux termes contradictoires dans un même groupe syntaxique.
- Anaphore : répétition d'un mot ou d'un groupe de mots en tête de phrases, de vers ou de propositions successives.
- Gradation : succession de termes de même nature, ordonnés selon une intensité croissante ou décroissante.
- Accumulation : énumération de plusieurs termes de même nature, sans ordre de force particulier.
- Hyperbole : exagération volontaire qui amplifie une réalité pour la rendre plus frappante.
- Litote : atténuation qui consiste à dire moins pour suggérer davantage (souvent par une négation du contraire).
- Euphémisme : adoucissement d'une réalité désagréable, choquante ou douloureuse.
S'entraîner sur ce chapitre
Sources du programme : Bulletin officiel de l'éducation nationale — programme de français, classe de première, voie générale et technologique · Programme Eduscol — enseignement de français au lycée