Révisions Se connecter Commencer →

Génétique et évolution : brassage, mutations et spéciation

SVT · Terminale · cours écrit et vérifié, conforme au programme officiel (Éduscol).

L'essentiel

À maîtriser avant : Transmission, variation et expression du patrimoine génétique · La Terre, la vie et l'organisation du vivant (cellule, ADN, biodiversité)

Le brassage génétique au cours de la méiose et de la fécondation

La reproduction sexuée crée une diversité d'associations alléliques inédites sans créer de nouveaux allèles. Chez les organismes eucaryotes diploïdes, la méiose produit des gamètes haploïdes grâce à deux brassages successifs : le brassage intrachromosomique (échange réciproque de fragments de chromatides non-sœurs entre chromosomes homologues lors de la prophase I, appelé crossing-over) et le brassage interchromosomique (séparation aléatoire et indépendante des chromosomes homologues lors de l'anaphase I). La fécondation réunit au hasard deux gamètes parmi l'infinité des combinaisons possibles, amplifiant encore la diversité génétique des descendants.

Méthode
Identifier si les gènes étudiés sont situés sur des paires de chromosomes différentes (gènes indépendants) ou sur la même paire de chromosomes (gènes liés).
Analyser les résultats d'un croisement-test (test-cross) entre un individu hétérozygote pour les gènes considérés et un individu homozygote récessif.
Si l'on obtient 4 phénotypes équiprobables (chacun à 25 %), conclure à un brassage interchromosomique seul (gènes indépendants).
Si l'on obtient 4 phénotypes dont 2 majoritaires (de type parental) et 2 minoritaires (de type recombinant en pourcentages égaux), conclure à un brassage intrachromosomique par crossing-over (gènes liés).

Exemple
On croise une femelle de Drosophile hétérozygote pour deux gènes liés codant la couleur du corps (allèle dominant corps gris [e+] et allèle récessif corps noir [e]) et la taille des ailes (allèle dominant ailes longues [vg+] et allèle récessif ailes vestigiales [vg]) avec un mâle double récessif [e, vg]. La descendance comporte : 415 drosophiles [e+, vg+], 405 [e, vg], 92 [e+, vg] et 88 [e, vg+]. Expliquer la proportion des phénotypes obtenus.

Corrigé pas à pas
Le croisement-test fait apparaître quatre phénotypes distincts dans la descendance. Les phénotypes parentaux [e+, vg+] et [e, vg] sont majoritaires (soit $415 + 405 = 820$ individus sur un total de 1 000, soit 82 %). Les phénotypes recombinés [e+, vg] et [e, vg+] sont minoritaires et en proportions équivalentes ($92 + 88 = 180$ individus sur 1 000, soit 18 %). Cette répartition inégale prouve que les deux gènes sont physiquement liés sur la même paire de chromosomes et qu'un brassage intrachromosomique (crossing-over) a eu lieu lors de la prophase I de la méiose chez la femelle hétérozygote dans 18 % des cas.

Erreurs fréquentes
Confondre brassage interchromosomique (anaphase I, chromosomes indépendants) et intrachromosomique (prophase I, gènes liés sur la même paire).
Penser que la méiose crée de nouveaux allèles : la méiose génère de nouvelles combinaisons alléliques, tandis que les nouveaux allèles proviennent uniquement des mutations.
Oublier que les proportions d'un croisement-test reflètent directement les proportions des différents types de gamètes produits par l'individu hétérozygote.

Diversification des génomes : mutations, transferts et duplications

Outre le brassage méiotique, d'autres mécanismes modifient la structure et la composition des génomes. Les mutations ponctuelles créent de nouveaux allèles. Les duplications géniques suivies de mutations divergentes forment des familles multigéniques (ex. gènes des globines). Par ailleurs, les transferts horizontaux de gènes (par transformation, conjugaison ou vecteur viral) permettent l'acquisition de séquences génétiques entre lignées sans lien de parenté direct. Enfin, les endosymbioses transmises héréditairement (ex. origine des mitochondries et des chloroplastes) constituent des mécanismes majeurs de complexification du vivant.

Méthode
Pour identifier une famille multigénique : comparer les séquences nucléotidiques ou peptidiques de plusieurs gènes/protéines d'un même organisme et rechercher un pourcentage d'homologie significatif (souvent supérieur à 20-30 %).
Pour mettre en évidence un transfert horizontal : comparer la phylogénie d'un gène précis à la phylogénie générale des espèces étudiées ; une discordance frappante ou une identité de séquence quasi-parfaite entre taxons éloignés indique un transfert horizontal.
Distinguer l'origine des nouveautés : duplication-divergence (au sein d'un génome), transfert horizontal (entre espèces contemporaines) et endosymbiose (intégration d'un organisme entier dans un autre).

Exemple
Le génome humain contient les gènes codant les chaînes d'hémoglobine $\alpha$, $\beta$, $\gamma$ et $\delta$. Ces gènes présentent des séquences nucléotidiques très proches et codent des protéines assurant des fonctions analogues de transport du dioxygène. Comment expliquer l'existence de ces différents gènes ?

Corrigé pas à pas
L'existence de ces gènes s'explique par le mécanisme de duplication génique suivi de divergences. Un gène ancestral unique a subi des événements de duplication accidentelle (par exemple lors d'un crossing-over inégal), aboutissant à plusieurs copies de ce gène sur le même chromosome ou sur d'autres chromosomes. Au fil des générations, chaque copie a accumulé des mutations indépendantes. Ce processus a donné naissance à une famille multigénique dont les différents membres codent des chaînes de globines aux affinités spécifiques adaptées aux différents stades de développement (embryon, fœtus, adulte).

Erreurs fréquentes
Confondre famille multigénique (plusieurs gènes distincts homologues au sein d'un génome) et allèles d'un même gène (versions différentes occupant le même locus).
Penser que le transfert horizontal ne concerne que les bactéries : il a également joué un rôle majeur chez les eucaryotes (ex. gène de la syncytine d'origine rétrovirale chez les mammifères).
Oublier que les duplications nécessitent des mutations ultérieures pour produire de nouvelles fonctions (divergence).

Dynamique des populations, sélection naturelle et spéciation

Une population évolue au cours des générations sous l'effet de deux forces principales : la sélection naturelle (survie et reproduction différentielles des individus porteurs d'allèles conférant un avantage adaptatif dans un milieu donné) et la dérive génétique (variation aléatoire de la fréquence des allèles, particulièrement marquée dans les populations de petit effectif). L'isolement reproducteur entre deux sous-populations (qu'il soit géographique ou comportemental) interrompt les flux de gènes. L'accumulation indépendante de mutations, combinée à la dérive et à la sélection locale, conduit à une divergence génétique telle que les individus ne peuvent plus se reproduire entre eux : c'est la spéciation.

Méthode
Distinguer l'effet de la sélection naturelle (non aléatoire, orientée par l'environnement) de celui de la dérive génétique (aléatoire, indépendant de la valeur adaptative de l'allèle).
Évaluer l'impact de l'effectif de la population : dans une petite population, la dérive génétique est très rapide et peut conduire à la fixation ou à la perte aléatoire d'allèles neutres ou faiblement délétères.
Décrire les étapes d'une spéciation allopatrique : 1. Séparation géographique d'une population initiale ; 2. Interruption du flux génique ; 3. Évolution indépendante par mutations, sélection naturelle locale et dérive génétique ; 4. Apparition d'un isolement reproducteur irréversible (barrière prézygotique ou postzygotique) définissant une nouvelle espèce.

Exemple
Sur une île isolée suite à une montée du niveau marin, une population de passereaux de petite taille s'est retrouvée séparée du continent. Deux mille ans plus tard, les passereaux insulaires présentent un bec nettement plus épais et ne s'accouplent plus avec les individus continentaux réintroduits expérimentalement. Expliquer cette divergence.

Corrigé pas à pas
La fragmentation géographique a supprimé tout échange de gènes (flux génique nul) entre la population insulaire et la population continentale. Sur l'île, où les graines étaient plus dures, les individus porteurs par mutation d'allèles favorisant un bec plus robuste ont eu un meilleur succès reproducteur : c'est la sélection naturelle. De plus, l'effectif réduit de la population insulaire a accéléré la dérive génétique. Avec le temps, les modifications anatomiques et les variations des chants nuptiaux ont instauré un isolement reproducteur définitif : la spéciation est achevée.

Erreurs fréquentes
Croire que la dérive génétique favorise les allèles utiles : la dérive est strictement aléatoire et s'exerce sur tous les allèles, notamment neutres.
Penser que l'environnement 'provoque' les mutations adaptatives (erreur lamarckienne) : les mutations surviennent au hasard avant toute sélection ; le milieu sélectionne a posteriori les variants les plus aptes.
Confondre isolement géographique (barrière physique temporaire) et isolement reproducteur (barrière biologique intrinsèque définissant l'espèce).

Savoir-faire

Interpréter les résultats d'un croisement-test (test-cross) chez les diploïdes

  1. Vérifier le génotype des parents : l'un doit être hétérozygote pour les gènes étudiés, l'autre double homozygote récessif (testeur).
  2. Rappeler que le parent testeur ne fournit que des allèles récessifs : le phénotype de chaque descendant révèle donc directement le génotype du gamète produit par le parent hétérozygote.
  3. Calculer les pourcentages de chaque phénotype obtenu dans la descendance.
  4. Conclure : si 4 phénotypes à 25 % chacun $\rightarrow$ gènes indépendants (brassage interchromosomique seul). Si 2 phénotypes parentaux majoritaires et 2 phénotypes recombinés minoritaires $\rightarrow$ gènes liés (brassage intrachromosomique par crossing-over).

Exemple
Un croisement-test entre un individu hétérozygote $[A, B]$ de génotype $(A//a, B//b)$ et un homozygote $(a//a, b//b)$ donne 250 $[A, B]$, 248 $[a, b]$, 252 $[A, b]$ et 250 $[a, B]$. Déterminer la localisation relative des deux gènes.

Corrigé pas à pas
La descendance compte 1 000 individus répartis en 4 classes phénotypiques d'effectifs quasi-identiques (environ 25 % chacune). Cette équiprobabilité des gamètes parentaux et recombinés démontre que les deux gènes sont indépendants, c'est-à-dire situés sur des paires distinctes de chromosomes homologues, soumis au seul brassage interchromosomique.

Reconstituer l'histoire d'une famille multigénique

  1. Aligner et comparer les séquences des différents gènes d'intérêt pour mesurer leur pourcentage d'identité.
  2. Identifier l'événement initial de duplication génique accidentelle à partir d'un gène ancestral unique.
  3. Expliquer la transposition éventuelle de copies sur d'autres chromosomes.
  4. Mettre en évidence les mutations ponctuelles indépendantes (substitutions, insertions, délétions) accumulées par chaque copie au cours de l'évolution (divergence).

Exemple
Deux gènes $G_1$ et $G_2$ présents sur le chromosome 11 d'un mammifère présentent 78 % de similarité de séquence nucléotidique. Décrire les étapes ayant conduit à cette situation.

Corrigé pas à pas
Le fort degré de similarité (78 %) montre que ces deux gènes dérivent d'un même gène ancestral. Ce gène ancestral a d'abord subi une duplication génique consécutive à un événement moléculaire accidentel (par exemple un crossing-over inégal). La nouvelle copie s'est maintenue sur le chromosome 11. Ensuite, au cours des générations, les deux copies ont accumulé indépendamment des mutations ponctuelles, conduisant à une divergence de 22 % de leurs séquences tout en conservant une homologie structurale majeure.

Mémento

Brassages méiotiques et fécondation

Diversification des génomes & Évolution

Et maintenant, entraîne-toi.6 exercices gradués avec correction détaillée et une interro de 3 questions t'attendent sur ce chapitre dans l'app — calibrés Bac. Ton prof IA corrige chaque réponse et note tes lacunes.
S'entraîner sur ce chapitre

Sources du programme : Programme de SVT en classe de Terminale générale — Ministère de l'Éducation nationale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019)