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Le roman et le récit (objet d'étude)

Français · Seconde · cours écrit et vérifié, conforme au programme officiel (Éduscol).

Ce chapitre est aussi au programme de : Première — c'est le même cours.

L'essentiel

À maîtriser avant : Procédés et figures de style

Le narrateur et le point de vue narratif (la focalisation)

Dans un récit, l'histoire n'est jamais racontée directement par l'auteur : elle est prise en charge par une instance fictive appelée le narrateur, qu'il faut toujours distinguer de l'auteur réel. Le narrateur choisit un point de vue, appelé focalisation, qui règle la quantité d'informations transmises au lecteur. On distingue trois types de focalisation : la focalisation zéro (dite aussi « omnisciente »), où le narrateur sait tout des personnages, de leurs pensées et de l'avenir de l'histoire ; la focalisation interne, où le narrateur ne livre que ce que perçoit et pense un personnage précis ; la focalisation externe, où le narrateur se limite à décrire les faits et les gestes observables, sans accéder aux pensées de personne, comme un témoin extérieur.

Méthode
Repérer qui parle : chercher si un « je » narrateur est présent ou si le récit est mené à la troisième personne.
Observer la quantité de savoir : le narrateur connaît-il les pensées de plusieurs personnages, d'un seul, ou d'aucun ?
Chercher les indices de restriction du savoir : modalisateurs d'incertitude (« peut-être », « sans doute », « on aurait dit que »), verbes de perception (« il vit », « elle entendit ») qui signalent une focalisation interne ou externe.
Nommer la focalisation dominante et vérifier qu'elle est stable ou, au contraire, qu'elle varie au fil du texte (un même roman peut alterner les focalisations d'un chapitre à l'autre).

Exemple
Voici un court passage narratif construit pour l'exercice : « Le vieil homme s'arrêta devant la porte. Il sentit son cœur se serrer : il savait qu'il ne reverrait plus cette maison. Dehors, le vent soulevait la poussière du chemin. »

Corrigé pas à pas
Le narrateur rapporte les sensations et les pensées intimes du personnage (« il sentit son cœur se serrer », « il savait qu'il ne reverrait plus cette maison ») sans jamais sortir de sa conscience ni révéler ce que pensent d'autres personnages : il s'agit donc d'une focalisation interne, centrée sur le vieil homme. La dernière phrase, purement descriptive, reste compatible avec ce point de vue, puisqu'elle correspond à ce que le personnage peut lui-même observer autour de lui.

Erreurs fréquentes
Confondre le narrateur avec l'auteur réel : le narrateur est une construction du texte, même quand il dit « je ».
Croire qu'un récit à la première personne est automatiquement en focalisation interne : un narrateur-personnage qui raconte les faits longtemps après peut aussi adopter un savoir proche de la focalisation zéro sur sa propre histoire.
Confondre focalisation interne et focalisation zéro : dans la focalisation interne, le savoir est limité à UN seul personnage à la fois ; dans la focalisation zéro, le narrateur peut connaître les pensées de plusieurs personnages successivement, y compris des informations qu'aucun personnage ne détient.

Le personnage de roman

Le personnage romanesque est un « être de papier » : il n'existe que par les mots du texte, mais le lecteur lui prête une cohérence psychologique comme s'il s'agissait d'une personne réelle. Le personnage se définit par sa fonction dans l'intrigue (héros, adjuvant qui l'aide, opposant qui lui fait obstacle) et par le type de caractérisation employée : la caractérisation directe, quand le narrateur ou un autre personnage décrit explicitement son physique, son caractère ou son statut social, et la caractérisation indirecte, quand le lecteur déduit ces traits à partir des actions, des paroles ou des réactions des autres personnages face à lui.

Méthode
Relever les informations données directement sur le personnage : portrait physique, statut social, traits de caractère énoncés explicitement.
Observer les actes, les paroles et les choix du personnage pour en déduire indirectement sa psychologie.
Repérer si le personnage évolue au fil du récit (personnage dynamique, qui change de valeurs ou de comportement) ou s'il reste identique à lui-même (personnage statique).
Situer le personnage sur l'échelle héroïque : héros aux qualités exceptionnelles, anti-héros aux faiblesses et à la médiocrité assumées, ou personnage-type incarnant une catégorie sociale ou morale (l'avare, le naïf, l'ambitieux).

Exemple
Passage construit pour l'exercice : « Julien ne dit rien. Il baissa les yeux, rangea ses affaires avec une lenteur inhabituelle, puis sortit sans saluer personne. Le lendemain, il refusa la place qu'on lui offrait, préférant repartir les mains vides plutôt que d'accepter la charité de son rival. »

Corrigé pas à pas
Aucun trait de caractère n'est énoncé directement par le narrateur : c'est par les actions du personnage (le silence, la lenteur du geste, le refus de la place offerte) que le lecteur déduit sa fierté et son orgueil. Il s'agit donc d'une caractérisation indirecte. Le refus final, motivé par la fierté plutôt que par l'intérêt, montre également une cohérence psychologique : Julien apparaît ici comme un personnage fier, prêt à sacrifier son confort matériel à ses principes.

Erreurs fréquentes
Réduire l'analyse du personnage à son seul portrait physique, en oubliant que ses actes et ses paroles le caractérisent tout autant, sinon davantage.
Confondre héros et personnage principal : le protagoniste d'un récit peut très bien être un anti-héros, sans qualités exceptionnelles, voire médiocre ou lâche.
Oublier de vérifier si le personnage évolue : affirmer qu'un personnage est « courageux » du début à la fin sans observer si cette qualité se construit, se perd ou se transforme au fil de l'intrigue.

Le temps du récit : ordre, durée et manipulations temporelles

Tout récit distingue l'histoire, c'est-à-dire les événements dans leur succession chronologique réelle, et le récit, c'est-à-dire l'ordre dans lequel le texte les raconte au lecteur. Ces deux ordres ne coïncident pas toujours : le narrateur peut interrompre la chronologie par une analepse, un retour en arrière qui raconte un événement antérieur, ou par une prolepse, une anticipation qui dévoile un événement futur. Par ailleurs, la durée du récit varie selon le rythme choisi : la scène, où le temps du récit est proche du temps de l'histoire (dialogue rapporté presque en temps réel) ; le sommaire, où quelques phrases résument une longue période ; l'ellipse, où un laps de temps est passé sous silence sans être raconté ; la pause, où le récit s'arrête sur une description ou une réflexion pendant que le temps de l'histoire, lui, n'avance pas.

Méthode
Reconstituer l'ordre chronologique réel des événements (l'histoire) et le comparer à l'ordre dans lequel le texte les présente (le récit).
Repérer les indices d'un retour en arrière (analepse) : formules comme « quelques années plus tôt », verbes au plus-que-parfait introduisant un souvenir.
Repérer les indices d'une anticipation (prolepse) : formules comme « bien des années après, il se souviendrait que… ».
Mesurer le rythme narratif d'un passage donné en comparant la longueur du texte à la durée des faits racontés, pour identifier une scène, un sommaire, une ellipse ou une pause.

Exemple
Passage construit pour l'exercice : « Dix ans passèrent, pendant lesquels rien de notable ne vint troubler la vie de la famille. Puis, un matin de novembre, tout bascula. »

Corrigé pas à pas
La première phrase condense dix années en une seule ligne : c'est un sommaire, qui accélère le rythme du récit par rapport au temps de l'histoire. La seconde phrase amorce en revanche un ralentissement, annonçant qu'un événement précis va être raconté avec davantage de détails, probablement sous forme de scène.

Erreurs fréquentes
Confondre l'analepse (retour en arrière) et la prolepse (anticipation) : l'analepse revient vers le passé du récit, la prolepse annonce l'avenir.
Croire que l'ellipse est toujours signalée explicitement : elle peut être discrète, marquée par un simple changement de paragraphe ou de chapitre sans aucune transition temporelle.
Négliger la pause descriptive en pensant qu'elle « ne sert à rien » : elle suspend le temps de l'histoire mais fait progresser la connaissance du lecteur (lieu, personnage, atmosphère).

Savoir-faire

Identifier la focalisation d'un extrait narratif

  1. Repérer la personne grammaticale du narrateur (je / il-elle).
  2. Vérifier l'étendue du savoir du narrateur : connaît-il les pensées d'un seul personnage, de plusieurs, ou d'aucun ?
  3. Relever les indices linguistiques : verbes de pensée et de perception pour une focalisation interne, modalisateurs d'incertitude pour une focalisation externe, informations que nul personnage ne pourrait connaître pour une focalisation zéro.
  4. Conclure en nommant précisément le type de focalisation et en citant les indices relevés à l'appui.

Exemple
« Elle ignorait encore que, dans la pièce voisine, son mari préparait déjà sa valise pour partir sans elle. »

Corrigé pas à pas
Cette phrase révèle une information que le personnage féminin ignore et qu'elle ne peut donc pas percevoir : le narrateur sait ce qui se passe simultanément dans une autre pièce, à l'insu du personnage focalisé. C'est un savoir supérieur à celui de n'importe quel personnage présent dans la scène : il s'agit d'une focalisation zéro (omnisciente).

Distinguer les formes de discours rapporté (direct, indirect, indirect libre)

  1. Vérifier la présence de guillemets et d'un verbe introducteur (« dit-il », « répondit-elle ») : s'ils sont présents avec les paroles reproduites telles quelles, il s'agit d'un discours direct.
  2. Vérifier si les paroles sont intégrées dans une proposition subordonnée introduite par « que » et transposées aux temps et pronoms du récit, sans guillemets : il s'agit alors d'un discours indirect.
  3. Repérer l'absence de verbe introducteur et de guillemets, tout en conservant les temps du récit (souvent l'imparfait) et des marques d'oralité ou d'émotion (interjections, points d'exclamation, question rhétorique) : il s'agit alors d'un discours indirect libre, qui fait entendre la voix du personnage tout en restant dans le fil du récit.
  4. Analyser l'effet produit : le discours direct donne une impression de vivacité et d'authenticité, l'indirect résume et distancie, l'indirect libre crée une proximité avec les pensées du personnage sans rompre la narration.

Exemple
Comparez ces trois formulations rapportant la même parole : 1) « Je ne reviendrai jamais ici », dit-elle. 2) Elle dit qu'elle ne reviendrait jamais ici. 3) Jamais elle ne reviendrait ici !

Corrigé pas à pas
La phrase 1 est un discours direct : les paroles sont reproduites telles quelles entre guillemets, avec un verbe introducteur. La phrase 2 est un discours indirect : la parole est intégrée dans une subordonnée en « que », avec transposition du présent (« reviendrai ») au conditionnel dans le récit (« reviendrait »), et disparition des guillemets. La phrase 3 est un discours indirect libre : elle conserve la vivacité de la phrase 1 (l'exclamation, l'ordre des mots mis en relief) mais sans guillemets ni verbe introducteur, ce qui fait entendre la voix intérieure du personnage tout en restant dans le fil de la narration.

Mémento

Le narrateur et le point de vue

Le personnage et le temps du récit

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Sources du programme : Bulletin officiel — programme de français, classe de première (voie générale et technologique) · Ressources Eduscol — lycée, objet d'étude « le roman et le récit »